La décision d’opter pour l’impôt sur les sociétés (IS) lorsque l’on exploite en nom propre change profondément la fiscalité, la gestion et le profil social de l’entrepreneur. Ce choix peut améliorer la trésorerie de l’entreprise, protéger le patrimoine et optimiser la fiscalité globale, mais il entraîne aussi des obligations comptables et des conséquences sociales qu’il convient d’anticiper précisément.
Cadre légal et principe
L’option pour l’IS transforme le régime fiscal du bénéfice : au lieu d’être imposé au barème progressif de l’impôt sur le revenu (IR) entre les mains du chef d’entreprise, le résultat de l’activité est taxé au niveau de l’entité au taux de l’IL’entrepreneur reste propriétaire de l’entreprise individuelle, mais le traitement fiscal des bénéfices évolue. L’option se matérialise par une démarche administrative auprès du service des impôts et doit être prévue selon les délais applicables à l’exercice comptable choisi ; elle peut, selon le dispositif, être engagée pour une durée minimale (souvent plusieurs exercices).
Avantages et inconvénients — synthèse
Avantages :
- Possibilité de lisser l’imposition en laissant une partie des bénéfices en réserve dans l’entreprise au taux d’IS, ce qui peut réduire l’impôt global si l’assiette personnelle serait fortement taxée.
- Déductibilité des rémunérations versées au dirigeant, réduisant le résultat imposable de la société.
- Amélioration de la structuration patrimoniale : capitalisation possible et séparation plus nette entre actif professionnel et patrimoine personnel.
Inconvénients :
- Obligations comptables et déclaratives plus lourdes (comptabilité complète, bilan, liasse fiscale).
- Imposition des dividendes lors de leur distribution (flat tax ou imposition selon le barème selon choix), et potentiels prélèvements sociaux.
- Complexité accrue en matière sociale : la nature de la rémunération (salaire vs dividendes) a des incidences sur les cotisations et la protection sociale.
Aspects pratiques et procédure
La mise en place nécessite :
- De vérifier les conditions d’éligibilité et les délais auprès du service des impôts dont dépend l’entreprise.
- De formaliser l’option par écrit et de respecter la date d’effet choisie (souvent en début d’exercice fiscal).
- De préparer la comptabilité pour répondre aux nouvelles obligations (tenue complète, établissement des comptes annuels, liasse fiscale).
- De planifier la rémunération du dirigeant : salaire (déductible) et dividendes (non déductibles).
Impact social et patrimonial
Le basculement vers l’IS modifie le régime de cotisations sociales en fonction des choix de rémunération. Une rémunération salariale permet de cotiser et d’ouvrir des droits (retraite, maladie) mais coûte en charges. Les dividendes peuvent être moins bien protégés socialement et sont soumis à imposition/charges lors de leur distribution. D’un point de vue patrimonial, la capitalisation dans l’entreprise permet de séparer une partie du patrimoine professionnel et d’organiser une transmission plus structurée.
Simulations indicatives (chiffres approximatifs)
Les exemples suivants sont fournis à titre indicatif et doivent être affinés avec un expert-comptable.
| Profil | Bénéfice annuel | Imposition approximative sous IS | Charges sociales approximatives | Revenu personnel disponible approximatif |
|---|---|---|---|---|
| Faible | 15 000 € | ~2 250 € (taux réduit possible sur petite tranche) | ~9 000 € | ~3 750 € |
| Moyen | 60 000 € | ~15 000 € (taux moyen IS) | ~24 000 € | ~21 000 € |
| Élevé | 200 000 € | ~50 000 € (taux standard IS) | ~60 000 € | ~90 000 € |
Interprétation : pour les faibles bénéfices, l’intérêt de l’IS est limité (coûts et contraintes), tandis que pour des bénéfices moyens à élevés, laisser une part en réserve sous IS peut être un levier efficace pour l’optimisation fiscale et la constitution de trésorerie.
Checklist avant d’opter
- Faire une simulation détaillée IR vs IS sur 3 à 5 ans (intégrer rémunération, dividendes, cotisations sociales, accompagnement comptable).
- Vérifier l’impact sur la trésorerie à court terme (paiement de l’IS, acompte, échéances).
- Consulter un expert-comptable et un conseiller en protection sociale.
- Anticiper la structuration patrimoniale et la transmission éventuelle.
- Prévoir la durée minimale d’engagement et les conséquences d’une éventuelle sortie du régime.
Le passage d’une entreprise individuelle à l’IS peut être une mutation pertinente si l’objectif est de capitaliser, de lisser l’imposition et de préparer une structuration patrimoniale. En revanche, il entraîne des obligations et peut augmenter les coûts sociaux si la rémunération n’est pas optimisée. La décision doit donc reposer sur des simulations chiffrées et un accompagnement professionnel pour éviter des conséquences imprévues.
Pour aller plus loin : prenez rendez-vous avec votre expert-comptable pour une simulation personnalisée et une feuille de route opérationnelle adaptée à votre situation.

